Agents chimiques au travail : réglementation 2026
Risque chimique au travail : découvrez les évolutions réglementaires 2026, les nouvelles VLEP et les mesures de prévention à mettre en place en entreprise.
Agents chimiques au travail : ce qui change en 2026 et pourquoi il faut revoir son évaluation du risque chimique
Solvants, peintures, colles, résines, produits de nettoyage, huiles, poussières, fumées, gaz… Les agents chimiques sont présents dans de nombreux environnements professionnels.
Et le risque chimique ne concerne pas uniquement les salariés qui manipulent directement un produit. Il peut également provenir d'un procédé : fumées de soudage, poussières, émissions de moteurs Diesel, aérosols, produits de dégradation ou réactions chimiques.
En 2026, l'évolution de certaines valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) rappelle une chose essentielle : l'évaluation du risque chimique doit vivre avec l'activité de l'entreprise et avec l'évolution de la réglementation.
Le risque chimique : bien plus que les pictogrammes sur les bidons
La première étape consiste évidemment à identifier les produits et agents chimiques présents dans l'entreprise.
Mais disposer d'un inventaire des produits et de leurs fiches de données de sécurité (FDS) ne suffit pas.
La véritable question est :
Dans quelles situations les salariés sont-ils réellement exposés ?
Un même produit peut présenter un risque très différent selon :
la quantité utilisée ;
la fréquence d'utilisation ;
la durée d'exposition ;
le mode d'application ;
la température ;
la ventilation ;
le confinement du procédé ;
les équipements de protection collective ;
les équipements de protection individuelle ;
les gestes et pratiques de travail.
L'évaluation doit donc s'intéresser aux situations de travail réelles, et pas uniquement à la liste des produits stockés dans l'entreprise.
L'INRS rappelle d'ailleurs que l'évaluation du risque chimique constitue le préalable à toute démarche de prévention et qu'elle doit être renouvelée notamment lors de modifications importantes des procédés ou des conditions de travail.
2026 : de nouvelles valeurs limites à connaître
Le décret n° 2026-253 du 8 avril 2026 modifie le Code du travail concernant plusieurs agents chimiques dangereux.
Il introduit ou actualise notamment des valeurs limites d'exposition professionnelle contraignantes (VLEP) pour :
le plomb et ses composés inorganiques ;
les diisocyanates ;
les émissions d'échappement des moteurs Diesel.
Il modifie également la valeur limite biologique applicable au plomb.
Le plomb : une VLEP abaissée
Depuis le 9 avril 2026, la VLEP contraignante applicable au plomb et à ses composés inorganiques est fixée à 0,03 mg/m³, exprimée en plomb métal et mesurée sur la fraction inhalable.
La valeur limite biologique est également renforcée, avec une valeur de référence de 150 µg/L de sang, assortie de dispositions transitoires.
Cette évolution concerne notamment les entreprises susceptibles d'être exposées au plomb lors d'opérations de fabrication, de maintenance, de rénovation ou de traitement de matériaux.
Les diisocyanates : une échéance à anticiper
Le décret introduit également des VLEP pour les diisocyanates, exprimées en NCO.
Les valeurs prévues sont de :
0,006 ppm sur 8 heures ;
0,012 ppm sur une courte durée.
Elles seront applicables à compter du 1er janvier 2029.
Pourquoi s'en préoccuper dès maintenant ?
Parce que les diisocyanates sont notamment présents dans certains produits utilisés pour les peintures, revêtements, colles, mousses et résines.
Ils sont également connus pour leur potentiel de sensibilisation cutanée et respiratoire.
L'échéance de 2029 peut donc être l'occasion de commencer dès aujourd'hui à identifier les produits concernés, rechercher des alternatives et caractériser les situations d'exposition.
Les émissions des moteurs Diesel
Le décret introduit également une VLEP pour les émissions d'échappement des moteurs Diesel, exprimées en carbone élémentaire, fixée à 0,05 mg/m³.
Cela peut concerner de nombreux environnements de travail : ateliers, garages, plateformes logistiques, activités de maintenance ou zones dans lesquelles circulent des engins et véhicules Diesel.
Là encore, l'enjeu n'est pas simplement de constater la présence de moteurs Diesel.
Il faut s'interroger sur :
où, quand, combien de temps et dans quelles conditions les salariés sont-ils exposés aux émissions ?
La VLEP n'est pas un objectif de prévention
Une confusion est encore fréquente : respecter une VLEP ne signifie pas que le risque est supprimé.
La VLEP constitue une valeur de référence permettant notamment d'évaluer l'exposition. Mais la prévention doit chercher à réduire l'exposition au niveau le plus bas possible.
La logique de prévention reste donc celle des principes généraux de prévention :
supprimer → substituer → réduire l'exposition → protéger.
Pour un agent chimique dangereux, la question à se poser n'est donc pas uniquement :
« Sommes-nous sous la VLEP ? »
mais aussi :
« Pouvons-nous éviter ou réduire cette exposition ? »
Et les CMR ?
Une attention particulière doit être portée aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR).
Lorsqu'un agent CMR est identifié, sa suppression ou sa substitution doit être recherchée chaque fois que cela est techniquement possible.
Cela nécessite parfois de remettre en question des habitudes anciennes :
« On utilise ce produit depuis 20 ans. »
« Tout le monde fait comme ça. »
« Les salariés portent leurs EPI. »
« Les mesures sont toujours en dessous de la VLEP. »
Ces arguments ne constituent pas, à eux seuls, une démarche de prévention.
L'objectif n'est pas simplement de travailler avec un produit dangereux dans de bonnes conditions. L'objectif est d'abord de se demander si l'on peut travailler autrement.
Une bonne évaluation du risque chimique commence sur le terrain
Pour être réellement utile, l'évaluation du risque chimique devrait croiser plusieurs sources :
1. L'inventaire des produits
Quels produits sont utilisés, stockés ou générés par l'activité ?
2. Les FDS
Quelles sont les propriétés dangereuses, les classifications, les voies d'exposition et les mesures de prévention préconisées ?
3. Les situations de travail
Comment le produit est-il réellement utilisé ?
4. Les expositions
Existe-t-il une exposition par inhalation, contact cutané ou ingestion accidentelle ?
5. Les VLEP et valeurs biologiques
Des valeurs réglementaires existent-elles ? Sont-elles contraignantes ou indicatives ?
6. Les mesures de prévention
La substitution est-elle possible ? Les procédés peuvent-ils être confinés ? La ventilation est-elle adaptée ? Les protections collectives sont-elles efficaces ?
7. Les salariés
Sont-ils informés et formés ? Les procédures sont-elles comprises et réellement appliquées ?
Cette approche permet de passer d'un simple inventaire des produits à une véritable évaluation de l'exposition et des situations de travail.
2026 : le bon moment pour faire le point
Les évolutions réglementaires récentes sont une bonne occasion pour les entreprises de remettre à plat leur risque chimique.
Un état des lieux peut notamment permettre de vérifier :
l'actualisation de l'inventaire des agents chimiques ;
la disponibilité et l'actualisation des FDS ;
l'identification des CMR ;
l'identification des produits contenant des diisocyanates ;
la présence potentielle de plomb ;
les émissions des moteurs Diesel ;
les VLEP applicables ;
les résultats des mesures d'exposition ;
l'efficacité des protections collectives ;
la pertinence des EPI ;
les formations et informations des salariés ;
la cohérence entre le risque chimique et le DUERP.
En conclusion
Le risque chimique ne se résume pas à une armoire de stockage, à quelques pictogrammes CLP ou à une pile de FDS.
Il doit être analysé au plus près du travail réel.
Les évolutions réglementaires de 2026, notamment sur le plomb, les diisocyanates et les émissions Diesel, constituent une bonne raison de vérifier que l'évaluation réalisée il y a quelques années correspond toujours aux produits, procédés et conditions de travail actuels.
Et surtout, la prévention ne doit pas commencer par les EPI.
Elle commence par une question beaucoup plus simple :
Peut-on supprimer le danger ?
Si ce n'est pas possible, peut-on le substituer ?
Si ce n'est pas possible, peut-on réduire l'exposition ?
C'est cette logique qui permet de passer d'une approche réglementaire du risque chimique à une véritable démarche de prévention.
